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NORDEN – Chapitre 125

Chapitre 125 – Généalogie

Ambre, sur le qui-vive, avançait hâtivement à travers les ruelles sombres et humides d’Iriden. Elle marchait d’un pas feutré, sur la pointe des pieds, effleurant le sol pavé le plus discrètement possible. Elle zigzaguait entre les allées glissantes, le cœur battant à tout rompre. Des dizaines de soldats, aux uniformes bleu outremer et répartis en petits groupes d’individus, patrouillaient et fouillaient chaque recoin. Un fusil à la main, ils frappaient avec force contre les portes des maisons, espérant pénétrer dans les demeures.

Des soldats de Wolden, les milices de Laflégère et du capitaine Friedz. Qui cherchent-ils ? Irène ? songea-t-elle, angoissée.

Ils étaient agressifs, pourtant, aucun d’eux ne semblait dégager l’odeur de la D.H.P.A. Des civils échaudés se joignaient à eux, pillant et dégradant les biens de leurs nobles concitoyens. Sans scrupules, ils molestaient les femmes afin de les dépouiller de leurs parures et parfois même de leurs vêtements. Avec une hargne bestiale, ils s’immisçaient en elles en pleine rue, sous les yeux effrayés de leurs enfants, rossés à leur tour. Roués de coups, ils s’effondraient sur le pavé comme des poupées de chiffon, s’échouant dans des gémissements plaintifs et des petits couinements aigus.

Le sort réservé aux hommes n’était en aucun cas enviable, souvent impuissants face à la détresse de leur famille. Ces derniers étaient jetés à terre, piétinés et humiliés avant d’être tués d’une simple balle dans le crâne ; cette vision d’horreur dans leurs yeux comme ultime souvenir.

Par Alfadir, même le peuple s’y met ! fit Ambre scandalisée, cachée derrière un muret. Alexander avait raison, l’Insurrection a bien lieu. Quelle chance qu’Adèle soit partie avec les noréens rejoindre les Korpr !

Elle sortit de sa cachette et continua sa progression, la peur au ventre. Les sens en alerte, elle furetait dans les allées, appréhendant le fait de s’engouffrer dans une impasse et de se retrouver bloquée, totalement vulnérable. À chaque pas, elle sentait se poser sur elle une multitude de paires d’yeux l’observant à travers les persiennes des fenêtres de l’étage ; des riverains armés, aux abois, perchés du haut de leurs demeures encore intactes, prêts à faire feu au moindre mouvement suspect de sa part.

Derrière un édifice, Ambre s’arrêta pour reprendre son souffle. Elle aperçut une famille en train de remplir une carriole de leurs maigres bagages. D’autres personnes de tous âges les accompagnaient et patientaient anxieusement. Des enfants hurlaient, pleurant à chaudes larmes, tandis que les aînés tentaient vainement de les rassurer à coup de berceuses ou d’embrassades.

Cette vision de gens en détresse lui arracha un sanglot.

Pauvres gens ! songea-t-elle en regardant tristement l’un des enfants qui soutenait son regard, les yeux rougis, tenant aux creux de ses bras frêles un baluchon d’infortune duquel des oreilles d’un doudou dépassaient.

Elle reprit sa route et parvint, au bout d’un temps interminable, à regagner l’allée principale où un ballet incessant d’attelages engagés au grand trot parcourait la chaussée ; les fiacres et les carrosses chargés de gens, de vivres et de paquetages évacuaient les habitants de la haute-ville.

Les sabots claquaient farouchement au sol. Le cahot des roues et les cris alertés des résidents provoquaient un brouhaha ininterrompu, que le hennissement des chevaux et les aboiements des chiens accentuaient encore. Dans l’agitation, les gens se bousculaient, manquant de tomber ou de se faire renverser par les voitures inarrêtables.

Ambre, telle une anguille, se faufilait entre les valises et les malles, courant à toute vitesse sur les trottoirs.

Ils sont si nombreux ! Ils vont certainement se capitonner dans leurs maisons secondaires ! Quelle aubaine pour les pilleurs qui ne tarderont pas à débouler !

Le manoir de ville des de Lussac, la Marina,n’était plus qu’à quelques centaines de mètres. Grisée par l’adrénaline, elle accéléra le pas, prenant soin de ne pas trop s’attarder sur la douleur qui rongeait sa main. Essoufflée, elle entra dans la cour et, avant qu’elle ne toque à la porte, la jeune duchesse lui ouvrit.

— Dépêche-toi ! s’alarma-t-elle en regardant de gauche à droite, afin de s’assurer qu’elle n’avait pas été remarquée.

Elles s’installèrent dans le salon, seulement éclairé par la faible lueur de la pénombre extérieure. Blanche, légèrement titubante, dirigea la jeune femme vers la table où se tenaient deux livres épais ouvragés avec soin ; les deux registres volés par le duc. La couverture faite de cuir bruni arborait un grand corbeau de profil, poinçonné d’or. L’oiseau avait le bec grand ouvert et les ailes éployées. Une licorne cabrée, tout aussi dorée, se tenait à sa gauche. Les livres portaient pour titre « Aranoréen Gentem Hrafn » suivi des dates 260-280 pour le premier et 281-300 pour le second. Une feuille de papier était disposée à côté d’eux où un arbre généalogique était esquissé à la plume, d’une écriture extrêmement fine et élancée.

Sur la table trônait également une bouteille d’absinthe en grande partie vidée ainsi qu’un verre à moitié rempli de la boisson liquoreuse d’un vert amande.

La duchesse fronça les sourcils et jeta un coup d’œil à l’horloge ; celle-ci indiquait dix-sept heures.

— Tu es arrivée bien plus tard que je ne l’imaginais.

Elle la dévisagea, la mine renfrognée.

— Tu es dans un sale état, dis-moi.

Ambre acquiesça mollement ; affichant un visage blême aux traits tirés. Les yeux larmoyants, elle tremblait de la tête aux pieds, sa main meurtrie collée contre son buste.

— J’ai eu quelques déconvenues oui, marmonna-t-elle. J’ai mis près de deux heures à te rejoindre, à cause de l’agitation et des soldats. J’ai dû me cacher, avancer lentement et faire de multiples détours. J’ai bien cru que je ne parviendrais pas à te rejoindre jusqu’ici.

Ambre se frotta les yeux et toussa. Pour la remettre sur pied, Blanche se précipita dans la cuisine et revint avec un verre d’eau et un bocal d’anchois.

— Tiens, bois ça et mange ça, c’est tout ce qu’il reste ! ordonna-t-elle.

Elle tira une chaise et la fit s’asseoir.

La jeune femme ne dit rien et s’exécuta. Elle avala d’une traite le liquide et engloutit un à un les poissons qu’elle piochait à même le pot et portait à ses lèvres.

— Bon, tu es prête à entendre ce que j’ai à t’annoncer ? fit la duchesse en allumant un cierge, après avoir fermé les rideaux.

Ambre passa sa langue sur les dents et hocha la tête en silence, désireuse d’en savoir plus sur les zones d’ombres de sa situation familiale. Blanche cacha une partie du papier avec une autre feuille afin de lui dévoiler progressivement les informations.

— Bon, sache que je n’ai que très peu de temps alors je vais aller assez vite. Je te donnerais les documents une fois que j’aurais terminé mon explication, mais je tiens à tout t’expliquer de vive voix pour que tu puisses assimiler l’étendue de la chose et me poser des questions. D’accord ?

— C’est très clair oui, acquiesça-t-elle.

— Tout d’abord, j’ai étudié de près les registres. Commença-t-elle en tapotant la couverture d’un des ouvrages. En prison, Père m’avait formellement ordonné de les détruire afin que personne ne tombe sur les informations compromettantes qu’ils contiennent. Mais je n’ai pu résister à l’envie de les consulter.

La duchesse s’éclaircit la voix :

— Comme toi, je ne connaissais pas grand-chose en ce qui concerne ma généalogie, précisa-t-elle, je n’avais pas le moindre indice sur ma famille maternelle et mère refusait catégoriquement de m’en parler. Elle me répétait sans cesse que si je voulais avoir les réponses à mes questions, c’était à moi et à moi seule d’enquêter. Qu’elle ne me dévoilerait rien tant que je ne serais pas digne. Ce n’est que lorsque j’ai commencé à trouver un semblant de vérité qu’elle s’est mise à me révéler certaines choses afin que je la seconde dans sa mission. Elle avait besoin d’une alliée et j’ai su prouver ma valeur à ses yeux.

Elle planta son regard dans celui de la jeune femme et fronça légèrement les sourcils :

— Surtout ne dévoile rien à Meredith, ni même à ta sœur ! Pas tant que mère n’aura pas donné son aval.

Ambre, interloquée par ses annonces, acquiesça :

— Où est Irène actuellement ?

À cette question, la duchesse soupira et lui adressa un regard réprobateur.

— Je ne te dirai rien là-dessus, tout comme je ne te dévoilerai pas ses projets. Je ne t’ai pas invitée pour cela, mais pour t’en dire plus sur nos origines au cas où notre plan ne se déroulerait pas comme prévu. Le temps presse !

Un frisson lui parcourut l’échine, le ton de la duchesse était menaçant. De plus, c’était la première fois qu’Ambre la voyait si naturelle tant dans son comportement que dans sa tenue vestimentaire.

En effet, Blanche était vêtue d’une robe courte de style noréen, légère et de couleur mauve, dévoilant ses jambes blanches d’une extrême finesse que ses souliers à talons hauts accentuaient encore. Ses cheveux blonds bouclés étaient maintenus en un épais chignon dont quelques mèches rebelles s’échappaient, épousant son visage juvénile aux grands yeux bicolores étrangement luisants.

Sous son air maîtrisé, elle semblait en proie à une certaine agitation, sa lèvre tressaillait et elle ne cessait de jeter de brefs coups d’œil à l’horloge. Son haleine était chargée d’alcool et ses yeux brillants, aux pupilles dilatées, bougeaient frénétiquement ; elle paraissait ivre. Enfin, au vu de son accoutrement si singulier et peu adapté à la situation actuelle, cela faisait des heures, sans doute une journée, que la duchesse patientait ici.

Jamais elle ne pourra courir dans un tel accoutrement. Servirait-elle d’appât ? Cela expliquerait pourquoi elle ne cesse d’avoir les yeux rivés sur l’horloge. Qui attend-elle ?

Ambre porta son regard sur la feuille, aperçut son prénom ainsi que celui de sa sœur et écarquilla les yeux lorsqu’elle remarqua son nom de famille.

  • Ambre (chat) Deslauriers, 16 octobre 290
  • Adèle (mouette), 19 janvier 301

Intriguée par ce nom qu’elle reconnaissait, elle prit un temps pour assimiler ce qui était noté.

— Finalement, j’ai bien des origines aranéennes ! chuchota-t-elle, décontenancée. Deslauriers, c’est bien le nom de ce fameux explorateur ?

— Oui et non. Tu sais, c’est un nom très répandu au sein de la communauté aranéenne.

Elle fit glisser son doigt sur le document afin de remonter quelque peu le papier, dévoilant le nom de ses parents.

  • Georges (baleine) Deslauriers, 22 août 259
  • Hélène (hermine), 13 juillet 262

Sur la branche de gauche, celle de Georges, était mentionné le nom de Ernest (cheval) Deslauriers, son frère. L’homme était seul, sans partenaire ni enfants.

Mon fameux oncle Ernest, songea-t-elle en repensant à son poney. Pourtant c’est étrange, il n’a pas d’enfants… Adèle m’avait affirmé que Pantoufle était son fils. Alors qui était mon petit chat ?

— Pour les membres plus anciens et ceux de la famille de ton père, j’ai dû consulter les registres de la bibliothèque, mais aussi les registres aranéens de la mairie, précisa la duchesse, pour le coup, avoir Théodore sous la main s’est révélé fort utile afin de les emprunter quelques jours. Il ferait n’importe quoi pour moi, c’en est affligeant !

La branche remontait jusqu’aux grands-parents paternels, la mère de Georges, Adélaïdede Rochester, était la sœur de William de Rochester, mariée à un aranoréen du nom de Yves (rat) Deslauriers.

Ainsi je suis bel et bien une de Rochester, Alexander ne s’était pas trompé. Voilà pourquoi papa était si secret et distant ; un espion au service de la Cause.

— Si déjà tu fais cette tête-là, sache que je n’ai pas fini de te surprendre, déclara la duchesse en esquissant un sourire, mais oui, tu es bien issue des de Rochester et sache que ton grand-père, monsieur Yves Deslauriers était ce qu’on appelle un véritable tyran. Donc je pense, au vu de ce que je m’apprête à te révéler que ton père a choisi d’être discret sur sa vie avant tout pour ne pas s’attirer d’ennuis avec lui.

— Que veux-tu dire par tyran ?

Blanche fit la moue :

— Et bien, certes Yves était un aranoréen et je ne crois rien t’apprendre en te disant qu’à l’époque, les seuls noréens ou aranoréens pouvant bénéficier d’un mariage noble et reconnu se devaient à tout prix de jouir d’une notoriété inébranlable. Il était le gardien du pénitencier, un homme impitoyable et violent envers quiconque dérogeait à la loi, aranéen comme noréen, pauvres comme nobles. Il n’a jamais tué personne de ses mains à proprement parler, mais bon nombre de ses pensionnaires se sont donné la mort plutôt que de vivre quotidiennement sous le joug de cet homme-là.

Ambre, outrée, se mordilla la lèvre et déglutit péniblement, souhaitant chasser cette information-là de sa tête. Elle passa à la branche de droite, celle de sa mère et nota, sans grande surprise, qu’Hélène était sœur avec Irène.

  • Irène (Hyène), 17 novembre 260 mariée à monsieur
  • Friedrich von Hauzen, 3 août 245 et parents des jumelles
  • Blanche (harpie) von Hauzen, 29 juin 289
  • Meredith (loutre) von Hauzen, 29 juin 289

— Tu es donc ma cousine si je comprends bien ! annonça Ambre avec un faible sourire, réjouie par cette découverte. Vous avez même été baptisées !

— C’est exact ! approuva-t-elle en lui adressant un sourire chaleureux. Contrairement à ce que Meredith croit, ni mère ni moi n’avons renié nos origines noréennes, bien au contraire. Même si mère n’est guère encline à en parler et en a honte.

— Tu le sais depuis longtemps ?

Blanche contempla devant elle, le regard vague, caressant du bout des doigts les registres.

— Pour notre lien familial ? Une poignée de mois environ. Mais je ne voulais pas t’en parler avant, pas avant que mère ne s’ouvre à moi et me dévoile une partie de ses projets. Elle ne voulait pas que je commette d’impair, de peur de nous trahir, alors je n’ai rien dit. Je ne souhaitais surtout pas la décevoir.

Elle releva légèrement la feuille et dévoila leurs grands-parents maternels. Ambre analysa intensément les noms et demeura quelques instants muette. Là ce fut le choc, le nom de la mère était simple : Erevan (orque), mars 242, en revanche, le nom du père, lui, ne l’était pas : « H ».

— Tu sais qui s’est ?

— Malheureusement non, avoua la duchesse à contrecœur, et mère n’a pas voulu me le dire. Pourtant je lui ai demandé à plusieurs reprises, mais à chaque fois elle a éludé la question.

— Tu crois que c’est à cause de lui que les registres ont été volés ? À cause de notre grand-père ?

— Je ne sais pas, mais je le pense oui. Je n’ai obtenu aucun indice là-dessus. Ce monsieur est énigmatique, rien ne s’y rattache, c’est comme s’il n’avait jamais existé. Il pourrait même n’être qu’un simple inconnu. Un amour caché, inavouable entre Erevan et ce H, mais j’en doute fort.

— Je ne pense pas non plus, appuya Ambre, ton père nous désignait comme « spécimens H », Adèle et moi, et il semblait avoir peur de nous. Le H vient de cet homme et au vu de son identité ce ne doit pas être une amourette entre deux êtres. Tout vient de là, c’est certain ! Reste à savoir si c’est un simple noréen, un noble aranéen, voire même un providencien.

— Je suis bien d’accord avec ton raisonnement. C’est aussi ma conclusion.

— Que voudrait dire H selon toi ?

— Je ne sais pas vraiment, avoua-t-elle, je ne pense pas que la lettre soit choisie au hasard, mais quand on se penche sur les animaux totems de nos mères, la Hyène et l’Hermine, c’est à supposer que la personne qui les a inscrites sur les registres ait choisi délibérément cette lettre.

Elle fit pianoter ses doigts sur le registre.

— Surtout qu’elles ont toutes deux étés inscrites à la suite sur le registre de l’état civil d’Iriden en 263, malgré leurs deux années d’écart alors que ta mère avait déjà un an et la mienne trois. Elles ne venaient pas des villes.

— C’est étrange…

— Tu veux que je te montre la suite de notre belle et noble famille ? demanda-t-elle avec un sourire en coin. Car les surprises ne s’arrêtent pas là.

— Notre famille est si particulière ? s’étonna Ambre.

— Oui ma chère, nous ne sommes pas nées du fruit du hasard. Tout est lié à H et je pense que ma mère et la tienne savaient ce qu’elles devaient faire et vers qui se tourner pour faire vivre leur descendance. Car s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que nous avons pour but d’exister et de procréer. Selon moi, nous sommes les descendantes d’une jeune lignée particulière et qui commence depuis ce fameux H.

— Pas de chance pour lui dans ce cas, je suis stérile.

La duchesse eut un petit rire.

— Je sais, moi aussi si tu veux savoir.

Ambre la regarda avec des yeux ronds, ébahie.

Ainsi c’était donc elle la fameuse homologue H sur les fiches d’Enguerrand ? C’est logique finalement… Comment se fait-il qu’elle sache pour moi ?

— Comment es-tu au courant de cela ?

— À ton avis ? répliqua la duchesse.

— Ton père ? lança-t-elle au hasard.

Blanche acquiesça.

— En effet, père désirait nous étudier ma sœur et moi, ses propres filles. Je ne sais pas vraiment comment il s’est rendu compte que nous étions particulières, mais son comportement envers nous a beaucoup changé au fil des années. Il est devenu de plus en plus distant, comme si nous étions devenues une menace pour lui. Après, il nous aimait.

— Tu crois qu’il connaissait vos origines ?

— Oui, je pense qu’il l’a toujours su en s’engageant avec mère, mais je pense qu’il ne se doutait pas d’un certain nombre de points qu’elle lui aurait dissimulés. Je crois que c’est pour cela qu’il a missionné Charles afin de m’étudier. Mère était au courant, mais le laissait faire tant que j’étais volontaire et qu’il ne me portait pas atteinte.

— C’est Charles qui t’a étudiée ?

— Oui, mais je m’y suis pliée de bonne grâce, j’étais aussi désireuse d’en apprendre plus à mon sujet. En contrepartie de ma collaboration, j’ai pu être informée du résultat de ses recherches. En faisant cela, je préservais l’insouciance de Meredith et je suis devenue son unique cobaye.

— Et… comment était-il avec toi ? Ça ne t’a pas paru étrange qu’il t’étudie alors qu’il sortait volontairement avec ta sœur afin d’obtenir des informations sur l’île et ses habitants ? Ça a dû te choquer lorsque tu as appris pourquoi ton père faisait cela.

— Pour ce qui est de son comportement, je dois te dire qu’il a été irréprochable, j’ai même éprouvé de la sympathie pour lui.

Elle fronça les sourcils et fit la moue.

— Par contre, je n’étais absolument pas au courant du fait qu’ils enlevaient des enfants pour les amener sur Charité et qu’il ne courtisait ma sœur que dans le but d’obtenir des réponses pour sa mission. J’étais persuadée qu’il l’aimait et comme une idiote je lui avais dévoilé certaines informations sur Meredith.

Ambre se renfrogna et déglutit difficilement avant de hocher la tête ; l’image douloureuse d’Enguerrand en train de l’étudier lui revenant en mémoire.

— J’ai cependant beaucoup parlé avec mère sur ce sujet, suite aux scandales. Je ne te dirais rien là-dessus, car c’est trop long et je n’ai pas le temps ni tous les détails.

Sans attendre de réponse, la jeune duchesse lui fit découvrir les derniers membres de son arbre généalogique.

  • Aorcha (rouge-gorge) et Medreva (hibou) parents
  • d’Erevan (orque), de Selki (phoque) et de Heifir (shetland)
  • Heifir (shetland) marié à Suzanne (écureuil) parents de
  • Honoré (chat).

À la lecture de ces noms, Ambre sentit son cœur se serrer. La voyant vaciller, Blanche la retint et l’emmena en direction du canapé afin de l’allonger. Puis elle alla remplir son verre, le lui tendit et s’installa à ses côtés, glissant sa main dans la sienne.

La jeune femme, les yeux embués, but quelques gorgées qu’elle peina à avaler tant sa gorge était nouée. La duchesse passa une main réconfortante sur son visage et lui adressa un faible sourire.

— Me… Medreva… commença Ambre, la voix chevrotante. C’est bien la Shaman de Meriden ?

— Exactement, l’ancienne Shaman supérieure d’Alfadir, sa plus fidèle et dévouée serviteur. Après, je ne suis pas tout à fait sûre de ces informations, mère est restée très évasive en ce qui concernait cette branche-là. En particulier sur Erevan, notre grand-mère. Elle n’a absolument rien voulu me dire sur elle, alors qu’il s’agit de sa mère !

— Et mon shetland Ernest et mon chat Pantoufle, ce seraient donc Heifir et Honoré ! murmura-t-elle, les larmes aux yeux. Adèle avait raison… et mon pauvre petit Pantoufle, il s’est sacrifié pour nous comme l’a fait Medreva ! Depuis tout ce temps, ils veillaient sur nous !

Elle hoqueta et pleura à chaudes larmes, tenant fermement entre ses doigts la main de sa cousine. Elles restèrent ainsi plusieurs minutes. Tandis qu’Ambre récupérait de ses esprits, la duchesse lorgnait l’horloge dont l’aiguille affichait dix-huit heures trente.

Dehors, le bruit des attelages avait cessé, un silence de mort régnait à présent en ces lieux.

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