NORDEN – Chapitre 140

Chapitre 140 – Mauvais Augure

Adèle déposa un lourd panier garni de provisions et souffla longuement avant de se laisser choir au sol. Tout en reprenant sa respiration, son regard se posa sur Louise. Cette dernière prodiguait des soins à un homme dont l’état de santé semblait préoccupant malgré les nombreuses heures qu’elle avait passées à le soigner. L’herboriste pansait les blessures, appliquant une compresse sur le ventre du blessé dont la plaie venait d’être désinfectée puis recousue. L’homme gisait inconscient, les pupilles bougeant frénétiquement sous ses paupières closes. Ses membres tremblaient et de larges gouttes de sueur perlaient sur son front dégarni.

— Qu’est-ce qu’il a ? chuchota la petite en remarquant la quantité de sang sur la serviette et le tas de compresses. Il a beaucoup saigné, dis donc. Tu crois qu’il va s’en sortir ?

Louise lui adressa un sourire faux.

— Il a reçu un vilain coup à l’abdomen. Je ne pense pas que ses jours soient en danger mais il a de la fièvre.

Elle crispait ses doigts autour du bandage, peinant à dérouler la bande tant l’épuisement et la peur de voir son patient défaillir la rendaient à cran.

— Je peux t’aider à faire quelque chose ?

— Ma foi, si tu veux aller me remplir ce seau d’eau.

Elle lui indiqua l’objet et se remit à la tâche. Avant que la fillette ne parte, Louise se tourna vers elle et l’interpella :

— Si jamais tu croises Edmund, peux-tu lui dire de venir me rejoindre ici s’il te plaît ? Dis-lui que c’est important.

— C’est le grand brun avec qui tu parlais tout à l’heure, celui avec les lunettes et qui a l’air tout gentil ?

La jeune femme acquiesça. Adèle saisit le seau et s’en alla accomplir sa mission. Dehors, de nombreuses personnes s’agitaient. Cavaliers, attelages et charrettes arpentaient les allées étroites de Meriden, tentant de porter secours aux blessés et d’organiser le campement. Même les enfants se voyaient confier des tâches rébarbatives adaptées à leur condition. La fillette croisa Edmund qui venait tout juste de sortir de l’une des maisons et affichait une mine tout aussi soucieuse que celle de sa cousine. Elle s’approcha et se posta devant lui. Intrigué par son comportement, il se baissa à sa hauteur.

— Tu as besoin de quelque chose ?

— C’est bien toi Edmund, n’est-ce pas ?

— Euh… c’est exact oui, que puis-je pour toi ?

— Louise te cherche, elle a besoin de ton aide !

En lui dévoilant cela, la petite vit un sourire s’esquisser sur les lèvres du jeune homme dont les vibrations venaient de basculer, devenant très agréables à ressentir.

— Ah ? peux-tu me dire où elle est ?

Adèle gloussa devant son changement d’expression et lui conta brièvement l’affaire avant de poursuivre sa route. Elle trottina, se faufilant entre les paires de jambes, et arriva au centre de la cité où le puits trônait. Un vieil homme y distribuait de l’eau en plongeant inlassablement les seaux qu’on lui tendait à la chaîne.

Revenue près de Louise, elle la vit en grande conversation avec Edmund qui paraissait tout autant tracassé quant à l’état du blessé. Une fois l’inspection faite, les cousins échangèrent un regard plein de connivence. Le médecin expliqua à l’herboriste qu’il lui fallait impérativement des médicaments à base d’écorce de saule blanc ou de reines des prés afin de faire baisser sa fièvre au plus vite.

— Nos stocks diminuent, l’avisa-t-elle, nous n’en aurons pas assez pour soigner tout le monde. Je ne suis même pas sûre qu’il reste l’ombre d’une gélule dans le coin.

— Mince, si ça continue on va vraiment être en pénurie de médicaments. L’idéal serait de missionner quelqu’un pour se rendre à Iriden pour consolider nos stocks, mais la bataille fait rage et je ne veux risquer la vie de personne.

Les yeux larmoyants, il manquait de fondre en larmes, incapable de canaliser son stress que la fatigue accentuait.

— La reine des prés et les saules sont trouvables dans cette forêt, fit-elle en posant une main sur son épaule.

— Dans ce cas, peux-tu aller en récolter ? Je suis trop épuisé, je peine à rester debout et je ne veux pas quitter la cité au cas où monsieur de Rochester me demande.

— Je veux bien mais l’ennuie est que l’on risque de manquer de soigneurs. Nous sommes déjà trop peu nombreux. Je sais où en trouver mais les saules blancs sont à plusieurs kilomètres, je ne serai pas de retour avant trois heures.

— Ce n’est pas grave, vas-y ! Si nous n’avons pas de plantes pour les calmer alors nous serons inutiles de toute façon. Je te laisse mon cheval pour aller plus vite.

Louise croisa les bras et fit une moue avant d’accepter la quête. Pour être doublement utile, elle se munirait d’un fusil pour chasser en chemin car la quantité de vivres, à l’instar des médicaments et du matériel, baissait à vue d’œil.

Pendant que l’herboriste se préparait, Adèle se proposa d’aller seller Zola, le cheval d’Edmund, installé dans un enclos privé. Avec aisance, elle enfila son mors ainsi que sa selle sur laquelle étaient estampillées les initiales du marquis. Puis elle prit les rênes et l’entraîna à l’extérieur des écuries improvisées où une trentaine de montures étaient parquées dans une superficie bien trop étroite pour un nombre si important de chevaux. Ceux-ci piaffaient et hennissaient d’agacement, donnant de sévères coups de sabot à leurs congénères.

La fillette pouffa en apercevant Ernest qui caracolait à travers les allées, tractant une petite charrette dans laquelle les enfants distribuaient diverses choses aux adultes. En chemin, elle croisa Wadruna qui revenait de la récolte, soutenant un panier garni de plantes comestibles tout juste cueillies. Anselme était posé sur son épaule et becquetait une cerise qu’il venait de chaparder. En voyant son apprentie arriver, la Shaman lui adressa un sourire et bavarda auprès d’elle. Mise au fait des événements, la vieille noréenne lui tendit son couteau et lui demanda de prêter main-forte à l’herboriste. Le corbeau quitta son perchoir et se posa sur l’épaule de sa sœur. Lorsque la petite arriva devant l’entrée de la cité, Zola sur les talons, Louise l’y attendait. Après lui avoir expliqué la volonté de sa Shaman, l’herboriste, d’abord hésitante, finit par accepter sa venue.

La monture engagée au trot, elles arrivèrent à destination près d’une bonne heure plus tard. Louise avait profité de leur escapade pour inspecter les alentours, espérant trouver un endroit où le gibier serait présent ; qu’importe la prise, même un faisan ou un lièvre serait le bienvenu.

Dès qu’elles mirent pied à terre, l’herboriste missionna Adèle de cueillir les fleurs de reines des prés, ces plantes odorantes aux pétales d’un blanc crème et à la tige rougeâtre, pendant qu’elle s’occuperait de récolter écorces et feuilles de saule blanc. Les deux végétaux se situaient en bord de rivière dont le léger courant produisait un son relaxant. Des poissons d’eau douce arpentaient la surface de l’eau, leurs corps agiles ondulant entre les algues et les rochers. Adèle les observa un instant, assise sur la berge. Rêveuse, elle tentait de comprendre la particularité de leurs vibrations si différentes des mammifères et des oiseaux.

Pendant qu’elle cueillait en lisière de forêt, à douze kilomètres au sud-est de Meriden, la fillette se rendit compte qu’elle n’avait jamais été dans cette partie du territoire, si enfoncée dans les terres, encore si loin de la frontière avec le territoire Svingars. Elle commençait à entrevoir l’étendue de l’île dans laquelle elle vivait et dont il lui faudrait connaître chaque recoin.

— Alors comme ça tu vas devenir Shaman ? demanda l’herboriste tout sourire. La vieille dame que l’on a vue tout à l’heure, c’est ton professeur ? Tu dois être ravie, ça doit être un grand honneur pour quelqu’un de ton peuple.

— Oui, je vais faire mon apprentissage en territoire korpr mais l’ennui est que j’ai peur pour ma grande sœur. Elle m’a ordonné de partir et je ne la verrai pas avant longtemps. En plus je sais qu’elle est en danger et je ne peux rien faire pour l’aider.

Elle arrêta son geste, baissa la tête puis commença à pleurer. La voyant désemparée, Louise posa sa panière et vint vers elle afin de la prendre dans ses bras.

— Faut pas te laisser abattre, je suis sûre que ta sœur va bien et qu’elle ne court aucun danger. C’est une battante, elle saura se battre et se défendre en cas d’attaque.

— Tu crois cela ? demanda-t-elle d’une voix étranglée.

La petite leva la tête et observa le corbeau perché sur la branche au-dessus d’elle. L’oiseau gigotait et piétinait sur place, caquetant avec nervosité, le plumage ébouriffé.

— Anselme est agité, pourtant ! Ce n’est pas bon signe.

— Mais oui ! Elle a les nerfs solides ta grande sœur. Tu sais, elle me fait penser un peu à ma petite sœur.

— Tu as une sœur ?

— Et oui ! Diane est à Iriden et tout comme ta sœur c’est une battante. Je suis sûre qu’elle n’hésitera pas à lui porter secours si elle la croise.

— Mais… les von Dorff ne sont pas censés être les ennemis de mon père ? Pourquoi est-ce qu’elle l’aiderait ? Si ça se trouve elle va lui faire du mal.

Louise défit son étreinte et la contempla.

— C’est plus compliqué que cela. Tu sais, c’est pas parce qu’on est issu de la même famille que le marquis que nous pensons comme lui et souhaitons renverser le pouvoir. Et ce n’est pas parce que Dieter pense comme un tyran et a des idées très arrêtées sur certains sujets que c’est un monstre ou un assassin. Ma famille est pacifique, on se fiche de qui gouverne tant que le peuple est stable. On est un peu des médiateurs entre le peuple et l’Élite. Notre rôle est d’assurer la stabilité des villes, de protéger la vie des citoyens, de récolter leurs demandes et de veiller à ce qu’aucun débordement n’ait lieu. Ce qui a été un fiasco ces dernières années où on s’est retrouvés dépassés par l’arrivée des citoyens de la côte Est.

En pleine réflexion, Adèle resta silencieuse.

— Et ton cousin Edmund il est de notre côté, c’est cela ? C’est bizarre de s’opposer à son père non ?

— Il n’y a pas que deux côtés Adèle, il n’y a pas les gentils contre les méchants, les faibles contre les forts ! C’est de la fiction tout cela. Il n’existe que des personnes avec différentes convictions qui essaient de s’en sortir du mieux qu’elles peuvent tout en conservant leurs idéaux moraux.

Elle se redressa et reprit sa tâche, le regard vide.

— Edmund est souvent en opposition avec sa famille et il est le seul fils d’Alastair. Je sais qu’il en souffre, car son père et son grand-père comptent énormément sur lui et qu’il ne pense malheureusement pas comme eux.

Elle inspira, tentant de masquer son émoi.

— Il est seul au monde, c’est pour ça qu’il est devenu médecin et tente à sa manière de réparer les torts causés par ses ancêtres. Il se flagelle lui-même car il sait que, où qu’il aille, il sera jugé pour les actions que sa famille a commises. Il est sans arrêt comparé à eux, alors qu’il est si différent quand on prend le temps de s’intéresser à lui.

Elle soupira et passa une main sur ses yeux.

— Finalement, à part Diane et moi-même, il n’a pas vraiment d’amis. Il n’a jamais réussi à s’intégrer, du moins, pas avec des gens de notre âge ni de notre milieu.

Elle ôta une ultime écorce qu’elle rangea dans un sachet avec les fleurs de reine des prés et engouffra la panière dans la sacoche du destrier. Enfin elle prit le fusil et s’enfonça dans la forêt. Adèle s’approcha d’elle et l’observa.

— Il t’aime beaucoup, n’est-ce pas ? Je l’ai vu te parler tout à l’heure, il avait les yeux brillants.

— Oh ! tu sais, on est cousin issu de germains mais on se côtoyait beaucoup quand on était enfants, avant que mon père et Dieter ne se disputent et que mon père décide de s’éloigner. J’ai passé mon adolescence sans trop le voir mais comme on a presque le même âge et qu’on a tous les deux fait des études de médecine au même moment alors on a renoué contact pendant cette période et depuis près de dix ans on ne s’est jamais vraiment quittés.

Anselme s’envola et se posa sur l’épaule de sa sœur.

— Oui, mais vous vous aimez un peu plus que ça, non ? s’enquit-elle en grattouillant sous le cou du corbeau.

Le visage de Louise s’empourpra. Elle toussota.

— Que veux-tu dire par là ?

— Et bien… vos vibrations me font penser à celles de ma sœur et d’Alexander quand ils sont tous les deux. En plus vous n’arrêtez pas de vous jeter des regards. Je ne connais pas beaucoup de gens qui paraissent aussi proches.

Louise gloussa, marchant à pas feutrés à travers les fourrés, sur le tapis de mousse jonché de racines et de ronces.

— Tout simplement parce que nous sommes bons amis et que nous nous respectons ! Je doute qu’Edmund soit attiré par moi. Et puis, même si c’était monnaie courante à l’époque, les relations entre membres si proches généalogiquement parlant font jaser dorénavant. Son image serait davantage entachée et je ne pense pas qu’il pourrait encaisser de brimades supplémentaires. En plus on ne pourrait pas avoir d’enfants, il serait fou à la naissance et je ne voudrais pas lui infliger ça si il tient à en avoir. Sans parler que lui comme moi sommes des carriéristes, on ne pourrait jamais vraiment se voir. Et puis il est marquis, s’il doit épouser une de noble ce serait soit la marquise Myriam de Lussac, soit l’une des filles du comte de Laflégère ou à la limite une femme fortunée, proche du parti de son père.

— Oui, mais tu l’aimes aussi pour avoir pensé à tout ça, non ? réfléchit Adèle.

La jeune femme ne rétorqua rien et toussa, le visage rubescent. Adèle allait poursuivre mais pour couper court à cette conversation dérangeante, Louise l’arrêta d’un geste de la main. En silence, elle se baissa et remarqua la présence de crottes fraîches près d’un buisson. L’herboriste balaya cette forêt tranquille, auréolée par les rais de lumières qui perçaient à travers les frondaisons.

— C’est des crottes de quoi ça ? chuchota la petite.

— De biche, il doit y en avoir une non loin de là.

— Ah tu parles de celle qui est juste là ? annonça-t-elle en pointant son doigt vers un arbre où le cervidé broutait.

Devant l’air interdit de son interlocutrice, Adèle lui précisa les vertus de sa Sensitivité. Louise la félicita et lui demanda de rester sur place tandis qu’elle s’avançait en direction de la reine des forêts.

— Tu vas la tuer ? Mais c’est l’animal sacré d’Alfadir ! Il ne faut pas tuer les biches, les cerfs et les faons !

— Ne t’inquiète pas, ce ne sont que des superstitions. Ce sont des animaux comme les autres et en plus cela nous permettrait de nourrir l’ensemble des gens de Meriden.

Adèle ne rétorqua rien et se contenta de regarder l’herboriste s’éloigner. Après quelques pas, celle-ci s’arrêta et mit le cervidé en joue. Les sens en alerte, la biche redressa la tête et contempla les lieux à la recherche d’un danger potentiel. Dès qu’elle fut sûre de son coup, Louise souffla longuement puis tira. La balle percuta la poitrine du noble animal qui s’écroula dans un couinement épouvantable.

Une fois sa proie à terre, la chasseuse s’avança puis, à l’aide de son couteau, lui trancha la gorge afin d’abréger ses souffrances. Restée en retrait, la fillette ne bougeait plus, traumatisée par les vibrations de cet animal agonisant qui cessèrent immédiatement d’exister à sa mort.

***

À une quarantaine de kilomètres de là, Mesali arpentait les toits. Elle courait avec aisance et tentait de discerner les effluves de la Ketta afin de retrouver sa trace parmi le champ de bataille établi en contrebas. Curieuse, elle s’arrêta et se baissa, scrutant la scène qui s’étendait en dessous d’elle où des Ulfarks affrontaient des hundr et des vindyr dans un combat cruel et sans pitié.

Alors qu’elle était en pleine réflexion, un Ulfarks attira son attention. C’était un grand homme en tenue rouge dont les yeux brillaient étrangement. Il était bien plus musclé que les autres et avait de grandes tresses attachées en queue de cheval qui lui retombaient jusqu’en bas du dos. Il dégageait une odeur particulière ; une senteur animale, mélangée à la sueur de son corps et au parfum du sang qui imprégnait ses vêtements. Un Féros Latent, comprit-elle en le sondant avec intérêt, totalement captivée.

Le combattant, bien plus farouche que ses confrères, assénait de puissants coups de sabre à ses assaillants, tranchant la tête de chaque soldat qui se trouvait à proximité. Contrairement aux autres, il criait et gonflait son torse, poussant des hurlements bestiaux afin de pétrifier ses adversaires. Ses alliés scandaient son nom « Starkr » pour l’encourager à poursuivre et le protégeaient au péril de leur vie, entourant ses flancs tels des remparts. Pourtant, leur infériorité numérique ne leur permettait pas de rivaliser avec ces adversaires qui commençaient à prendre le dessus, les éliminant un à un. Assailli par une rage bestiale et, sentant le combat perdu d’avance, Starkr poussa un dernier hurlement. Puis, grisé par l’ivresse du combat, il se métamorphosa, à la sidération de ses adversaires.

Du haut de son perchoir, Mesali ouvrit la bouche devant l’imposante créature qui se trouvait à sa place. L’homme avait laissé place à un immense lion au pelage fauve auréolé de gouttes pourpres et à la crinière brune qui entourait sa tête aux yeux noirs embrasés. Le félin de noble allure était doté d’une carrure solide et massive, aux muscles robustes. Pour intimider la foule, il braqua son corps, gonfla son poitrail et rugit férocement, paralysant ses opposants. Se sentant submergé par une force divine, le prédateur s’engagea dans un assaut acharné et, avec l’aide de ses alliés encore aptes, parvint à tuer les derniers soldats.

Quand le combat fut achevé, le lion grimpa sur ses victimes et, avec un souci de provocation, leur urina dessus. Le liquide flavescent, chaud et chargé en odeur coulait le long des corps inertes.

Il resta un moment sur son promontoire de chair inanimé, célébrant son triomphe auprès des Ulfarks encore en vie. Cependant, attiré par un fumet étrange, l’animal redressa la tête et huma l’air à pleins poumons. Un effluve euphorisant parvint à son nez, la senteur attrayante d’une femelle pas encore mature. Une fois la provenance identifiée, il tourna la tête en direction de Mesali puis montra les crocs ; la traque allait commencer.

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