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Tour des Mondes – Chapitre 196

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Communication

« Je suis toujours aussi impressionné par la taille de cette tour. »

Blue m’accompagne encore alors que je réfléchis à ce que m’a dit Cyrus avant de repartir quelques minutes plus tard.
Il était content de me revoir, mais il ne pouvait pas rester trop longtemps. Des choses ont changé depuis mon départ. Layla et Seth ont apparemment décidé de partir du Prophétie après mon retour mouvementé au pied de la tour. Il semble que la prime sur ma tête ait beaucoup influencé la qualité de vie au manoir.
Ils n’étaient bien sûr pas les seuls, et beaucoup des grimpeurs qui y vivaient ont décidé de graduellement changer de manoir et de guide pour être plus tranquilles. Je peux comprendre leur décision. Je trouve stupide que des chasseurs de prime se soient attaqués à des gens que j’ai vaguement croisés ou connus dans le Prophétie. Tout ça pour surveiller un endroit où j’aurais potentiellement pu revenir…
Et le point le plus important, Falco semble avoir disparu du jour au lendemain un peu avant mon retour. Pas de lettre ou de message quelconque. Cyrus a écarté la possibilité d’un enlèvement puisque le matin de sa disparition, des repas étaient prêts pour toute la journée et sa chambre était parfaitement rangée et vide, ne contenant que son uniforme. Il est simplement parti sans laisser de message.
Je ne sais pas où est-ce qu’il a pu partir. Il a peut-être retrouvé sa liberté ? Ou alors il a décidé de changer de travail, c’est difficile de savoir. C’est étrange de sa part, mais il est libre de faire ce qu’il veut. J’ai aussi demandé à Cyrus de transmettre une lettre à Maliel pour moi lui expliquant ma situation et qu’il vaut mieux qu’on ne se voit pas le temps que je règle mes problèmes.

Je soupire en réfléchissant et Blue à côté de moi observe les alentours puis prend la parole.

— Tu l’appelles comment dans ta langue ?
— Quoi ? Comment ça ?
— Comment est ce que tu appelles le pied de la tour dans ta langue ?
— Juste le pied de la tour ?
— Cela risque d’être fatigant… Tu sais au moins comment fonctionne la traduction pour les grimpeurs ?
— Plus ou moins. C’est un système de traduction automatique qui, au lieu de me faire entendre une autre langue, me fait entendre une version compréhensible pour moi de ce que j’entends ou je lis. Du coup, j’ai l’impression que tu parles ma langue même si tu en parles une autre.
— C’est à peu près ça. Ton esprit interprète directement tout ce qui est vocal et écrit pour lui donner du sens en fonction des mots et langues que tu connais. Si je parle en utilisant un mot, ton esprit va l’interpréter avec le mot qui semble convenir le mieux.
— Et pour les personnes qui ne parlent pas très bien ou des enfants qui manquent de vocabulaire ?

« Dans ce genre de cas, un sourd peut lire sur les lèvres par exemple. Pour ce qui est du manque de vocabulaire, un mot inconnu sera remplacé par un pseudo-mot propre à l’individu qui fera du sens au niveau sonore et au niveau de la logique de la langue de l’individu. Un enfant peut s’inventer une langue, mais il faudrait demander à un enfant né au pied de la tour pour savoir.
En tout cas, le livre que j’ai lu disait que dans le futur, les grimpeurs parleraient tous des pseudos langues sans même s’en rendre compte. Je n’ai pas tout lu en détail puisque l’auteur passe les trois quarts suivants du livre à parler des détails de perception visuelle des phrases longues dans les langues plus courtes et sur la perception vocale d’une idée, donc j’ai abandonné.
Pour certains mots, cette traduction ne marche pas forcément, les prénoms ne sont pas traduits par exemple. Ce qui m’amène à ma question, ce que tu appelles “pied de la tour” est propre à chacun. Tu dis une chose, mais j’entends le mot que j’ai décidé de lui donner dans ma langue. Donc j’aimerais savoir quel mot tu utilises pour définir cet endroit. Donne-moi juste sa définition en utilisant d’autres mots pour que je devine. »

Il y a quelques instants, je réfléchissais à la disparition de Falco, et maintenant j’apprends que j’ai forgé mon vocabulaire de la tour moi-même… Donc si je comprends bien, « grimpeurs », « pied de la tour » et peut-être même « Le Prophétie » sont potentiellement mes interprétations d’un autre mot. Est-ce que c’est aussi le cas pour « Lishnul » et « Mange-mot » ou encore le nom des classes… ?
C’est assez étrange, vu comme ça… Alors que je réfléchis, Blue se met à tousser en attendant ma réponse.

— Hum. Le nom dans ma langue est le pied de quelque chose, quelque chose étant une tour.
— Oh, donc…. c’est le pied-de-la-tour ! Ahaha ! C’est… AHAHA, c’est tellement nul !! Pff –

Je ne m’attendais pas forcément à mieux, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle se moque de moi avec autant d’énergie. Avant qu’elle ne se tourne en riant pour se cacher, je peux pratiquement la voir pleurer de rire. On a cessé d’avancer et autour de nous, je peux voir les autres grimpeurs se tourner vers elle pour savoir ce qu’il se passe. Je suis content d’avoir le visage caché, puisque sinon, je serais probablement reconnu à cause de l’agitation qu’elle cause.

— C’est bon, je pensais que c’était comme ça. Je n’ai jamais pris le temps d’y réfléchir.
— Pff. Ahaha… Je crois que c’est le pire nom que j’ai entendu ! Plus terre-à-terre que ça, je vois pas. Babel, Terra, la ville de dieu, monde zéro, Atlantide. Et toi c’est pied-de-la-tour… Tu dois tellement manquer d’imagination pour arriver à ça…
— C’est ce que cet endroit est, non ? C’est le nom qu’a donné mon guide, je ne pouvais pas savoir. Il a donné quoi le tien avant que tu en apprennes plus sur la traduction ?
— C’est que… Hm…
— Oho, donc maintenant, tu ne veux pas me le dire ?
— D’accord, c’est bon. Le nom qu’a donné mon guide quand je suis arrivée était celui qu’on utilise dans mon pays pour symboliser le monde des morts. La version neutre où tout le monde va, pas l’enfer ou le paradis. Je pensais que j’étais morte en arrivant. Mais j’ai changé ça.
— Croire que tu étais morte, ou le nom ?
— Les deux, gros malin. Tu peux changer le nom avec le temps. Il suffit de le décider et de s’en servir suffisamment pour finir par remplacer l’ancien. Je voulais quelque chose qui correspondait avec ce que j’ai finalement ressenti quand je suis monté le plus haut possible dans la tour principale et que j’ai regardé vers le bas. L’océan à perte de vue, les tours secondaires, les bâtiments, la forêt, les navires. Pourtant, en regardant tout ça, j’ai eu une sensation étrange. Tout ça n’est pas suffisant pour en faire un vrai monde. Cet océan n’existe pas vraiment, ce n’est même pas une planète, mais juste l’intérieur de la tour. Un faux monde, une fausse ville qui appartient à la tour alors qu’elle nous pousse à parcourir les vrais mondes auxquelles elle est reliée. Du coup, je l’ai nommé… « para » et « cosme ». C’est un mot qui désigne un monde imaginaire. Cosm pour faire court.
— Paracosme. Un nom intéressant pour une ville.
— C’est juste du symbolisme amateur. Mais c’est vrai que ça reste un peu plus créatif que ton « pied de la tour ». Niveau poésie, tu as clairement des lacunes.
— On ne va pas rester là-dessus toute la journée, si ?
— Ça dépend. Je suis sûre qu’il y a d’autres mots que tu utilises qui doivent être amusant, tu –
— Non non, rien d’autre. Merci de ne pas demander.

Je continue à marcher avec Blue tout en discutant. Je dois admettre que je n’avais aucune idée de la méthode de fonctionnement de la traduction. C’est encore quelque chose qui a changé quand je suis devenu grimpeur. Les mots sont changés pour permettre à l’esprit d’interpréter. C’est proche de ce que je fais avec Micha et Juliette, j’ai l’impression. Mais si cette traduction fonctionne bien comme cela, alors la tour que j’ai devant moi est bien une sorte de tour de Babel. Toutes les langues disparaissent pour que tout le monde puisse se comprendre, mais d’un autre côté… Sans la traduction par l’esprit, c’est possible que plus personne n’arrive à se comprendre dans plusieurs dizaines d’années. Là, pour le coup, ce sera effectivement comme l’histoire le raconte.

Ce système de traduction est un vrai casse-tête au final. Enfin, tant que rien ne se perd pendant la traduction, je ne sais pas si c’est vraiment utile de s’y intéresser.

En entrant dans le quartier des voleurs, je chaparde rapidement une pièce à quelqu’un de penché sur l’étal d’un marchand.
Blue me regarde sans comprendre et je lui explique rapidement que sans ça, je ne pourrais pas entrer dans la tour. J’imagine que c’est la première fois qu’elle est dans ce quartier. Peut-être qu’elle devrait aller se prendre une pièce à un des guichets qui sert à ça. Après tout, les pièces sont censées offrir des réductions ou permettre l’achat de certains objets ici. J’imagine que la plupart des vendeurs sont des grimpeurs de la tour des voleurs qui ont leur propre objectif. Un peu comme Maliel qui souhaitait en avoir le plus possible, même si elle ne m’a jamais dit précisément ce qu’elle comptait en faire.

Je laisse Blue à l’entrée de la tour en réfléchissant à ce que je dois faire. Charade, Falco, cette histoire de prime… Il y a aussi cette histoire avec Angela.

Avant cela, j’ai encore la lettre d’Adelina à lire. La lettre en elle-même fait plusieurs pages, mais il semble que ce ne soit pas une lettre d’amour. Adelina semble avoir changé depuis mon départ. Son père et elle ont commencé à gérer Lishnul avec l’aide des Manges-Mots. Il n’y a à présent plus d’esclaves dans la ville et, malgré l’aide des Manges-Mots, c’est encore le chaos, puisqu’il faut instaurer un nouveau régime féodal avec une descendante de la princesse à la tête du pays et gérer la libération des esclaves en même temps. Le pays mettra un peu de temps à se stabiliser. Adelina ajoute quelques pensées sur ce qu’elle a vécu à mes côtés et que ça lui donne de la force, de penser à tout ce que j’ai fait pour elle. Elle ajoute aussi… Hm. Je ne suis pas spécialement d’accord avec ce point… Il semblerait que pour avoir tué le roi, le dernier descendant de la lignée royale des traîtres, les manges-mots considèrent qu’ils ont une dette envers moi. Il y a aussi une histoire par rapport au respect que je leur ai montré… C’est ridicule à ce niveau. Je n’ai pratiquement rien fait, mais il semble que ce soit suffisant pour eux. Cela ne me concerne plus en tout cas, je ne sais pas si je remettrai un jour les pieds à Lishnul.

Une fois que je serai retourné voir Eruc pour lui donner les griffes et faire des ajustements sur l’armure pour mes nouvelles armes, j’irai dans l’aile des assassins. Là-bas, j’aurais sans doute des réponses à certaines de mes questions.


Correction : Hastin



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