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Tour des Mondes – Nina 10

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Conséquences, souffrances, répercussions.

« Entrez et vite !  Je n’ai pas de temps à perdre avec un cours pour débutant qui veulent juste s’amuser avec de la magie sur leurs armes. Ceux qui ont une grande réserve de mana, mettez-vous devant, j’aurais moins l’impression de perdre mon temps. Mademoiselle, toi, devant ! »

La professeure crie presque en disant à Nina de se mettre devant. Ils sont une dizaine dans la salle et elle n’a aucune envie d’être devant. Tout ça pour revenir à l’école… Elle rit jaune intérieurement et s’arrête devant le bureau de la professeure en attendant la suite. La phrase de trop. Celle que la plupart des personnes avec un peu d’autorité n’hésite pas à dire dans un fameux excès de zèle.

Elle n’aurait pas besoin de longtemps pour lui donner une leçon. Juste un coup bien placé sur la tempe, elle n’aurait même pas le temps de réagir. Elle regarde la professeure, une personne plutôt standard, des cheveux bruns coupés au bol, proche de la trentaine, ni jolie, ni laide, l’idée qu’on peut se faire de n’importe quel professeur qui n’a jamais eu l’air heureux. Un chemisier et un jean. Un pendentif doré autour du cou. Pas grand-chose à en dire. Pas de bijou ni de bague de mariage. Un grand morceau de rien. Pour une professeure de magie, elle n’a rien de magique ni d’intéressant.

« Tu veux quelque chose peut-être ? Demande-t-elle en s’adressant à Nina comme à une nuisance. Ou tu comptes te mettre devant comme je viens de te demander ? »

Nina serre les dents et son poing libre en grimaçant, c’est donc ça la fameuse goutte d’eau qui fait déborder le vase. Intérieurement elle se demande pourquoi il n’y a pas plus de gens comme elle qui réagissent à ce genre de chose tout de suite pour donner une leçon aux personnes qui manquent de respect aussi facilement qu’ils respirent, mais c’est peut-être juste elle qui n’a pas de patience… Hm.

Retourner à l’école comme si c’était normal et comme si elle avait le choix.
Comme si apprendre à se battre et à survivre, elle l’avait appris en s’asseyant derrière un bureau. C’est juste pousser le vice de faire quelque chose comme ça. Tout ça pour finir avec des idiots déguisés en clown, dans une classe pour apprendre la magie, dans un monde qui ne fait aucun sens. Vraiment.

Cette endroit commence à la gonfler. Pas juste la salle de classe, mais le pied de la tour. On leur apprend à se battre sans pour autant leur expliquer qu’ils vont sans doute mourir ou se faire tuer par un autre humain… non, un autre « grimpeur » dès que l’occasion se présentera. Inutile de parler du concept de tuer un autre être humain, la plupart ne peuvent même pas l’imaginer.
Comme si tout cela n’était qu’un jeu, un fichu jeu « tout public » où même les « gros mots » seraient censurés et les méchants pointés du doigt. Tout le monde est le héros de sa propre histoire, tout le monde sauvera la princesse et fera le bien.
Le problème c’est qu’avec des idiots pareils, en tuant quelqu’un, personne ne comprendra pourquoi il y a du sang, pourquoi il y a des cris et de l’horreur et qu’il faut achever la personne devant nous par charité car sinon elle continuera de souffrir. C’est à un point où il faudra probablement leur faire comprendre que la douleur ça fait mal. Des inadaptés, une classe entière qui la regarde.

Tout sonne creux ici. Chaque chose qu’elle a vécu l’emmerde, et pourtant beaucoup rêveraient probablement d’être à sa place. D’obtenir Judas après un rituel stupide avec la mission divine de tuer 11 inconnus pour récupérer les autres apôtres. D’affronter les archimages parce que ce sont des abrutis imbus d’eux-même. De résister à un gardien et à son autorité. De retrouver un vieil ami perdu depuis longtemps. De venir apprendre la magie. Avoir un destin incroyable dans un univers rempli de fées et de dragons qui la laissent indifférente et qui lui donnent juste l’impression d’avoir troqué un enfer pour un autre. Rock’n Roll.

Elle ne se sent pas vraiment concernée. On ne veut pas d’elle dans la tour, personne ne veut d’elle. Que ce soit les archimages, les tests d’entrée ou le vendeur qui lui explique qu’elle n’a rien à faire là. Mais si vraiment elle n’avait pas sa place ici ? Elle se rappelle de ce qu’a dit sa guide sur les tests qu’elle a passés. Que la difficulté était là pour lui faire comprendre qu’elle n’a peut-être pas sa place ici.
Dans ce cas où est-ce qu’elle en a une ?
Pas sur terre en tout cas.
Pas non plus dans une classe de cosplayeur.

Elle regarde la classe et la classe la regarde en retour. Des yeux curieux, innocents, peut-être irrités pour certains que le cours ne commence pas tout de suite. Certains sont plus vieux qu’elle et d’autres clairement plus jeunes, mais petit à petit ils finissent par la regarder avec un œil accusateur et impatient. Des yeux d’humain.
Voilà, c’est bon, maintenant elle est officiellement le cancre de la classe de clown parce que son comportement n’amuse personne.
Une dizaine de seconde à tiquer au commentaire d’un prof et tout le monde la regarde comme une erreur ou comme un problème.

« Ça ne te convient pas ? Tu veux peut-être changer de classe ? »

La prof la regarde en ajoutant un commentaire, comme si elle voulait lui faire comprendre qu’elle n’a aucun pouvoir ici et qu’elle devrait faire comme les autres, mais voilà, il y a un problème. Nina n’est pas comme tout le monde. Un bon petit cancre avec très peu de patience et beaucoup de rage.

Elle était déjà décidée, mais après la goutte qui fait déborder le vase, la professeure avait besoin d’en rajouter. Dans sa tête la dernière réplique devient juste un signal qu’il n’y aura pas de retour en arrière, peu importe les conséquences.

D’un simple mouvement du bras et sans la regarder elle enfonce le fourreau de Judas dans le plexus solaire de la professeure. Elle fixe la salle pour voir si l’un d’entre eux va réagir où s’ils vont rester derrière leur bureau à la regarder alors que la professeure se tord de douleur derrière elle et tousse violemment. Un des « chevaliers » s’approche en lui disant de se calmer, un vrai futur héros celui-là, pense-t-elle. D’un revers, elle se sert de Judas pour le frapper à la tête et il tombe au sol en grognant. Le coup n’était pas suffisamment fort pour l’assommer, mais ce n’était pas son objectif.

« Je vais vous apprendre deux choses, commence-t-elle en articulant chaque mot alors qu’elle s’adresse à la classe. La première, n’essayez jamais d’affronter quelqu’un de plus effrayant que vous. La deuxième, quand vous voulez quelque chose, prenez-le. »

La classe la regarde sans comprendre et pendant que les mots résonnent dans les têtes, elle passe derrière le bureau de la professeure pliée en deux en train de tousser et l’attrape par les cheveux.

«  Je vais te faire une proposition… Tu me dis comment je fais pour contrôler mon mana et le mettre dans mon arme et tu ne me reverras plus jamais chez les forgeâmes. Si tu fais quelque chose qui ne me plaît pas je frappe ta tête contre ton bureau. »

La professeur bégaye lamentablement, mais ne semble pas avoir envie de coopérer.
Nina lui frappe la tête contre le dessus du bureau et la classe entière retient son souffle.
La professeur gémit de douleur et commence à lui dire que les gardes ne vont pas tarder à arriver.
Nina lui frappe à nouveau la tête contre le bureau.
Cette fois-ci, la classe a un rictus de douleur, le chevalier qu’elle a frappé se relève en s’aidant d’une table et en se frottant la tête. Même si la personne la plus proche s’apprête à l’aider, le bruit de la tête du professeur frappant contre le bureau semble le paralyser. Chaque coup ayant l’air plus violent que le précédent.
L’un des grimpeurs est armé d’un mousquet et se demande s’il devrait intervenir, mais le craquement du nez de la professeure contre la table le dégoûte au point qu’il s’imagine être le suivant.

Chaque gémissement est rythmé par un nouveau coup sur le bureau qui retentit dans la classe et personne n’ose bouger à cause de la violence absurde dont fait preuve Nina. Jusqu’à ce que finalement.

« D’accord… !! C’est d’accord… finit par dire la professeure. Il te suffit de l’imaginer… d’…d’imaginer que tu prends l’énergie de ton corps et que tu la mets dans ton arme ! Arrête ça… par pitié…»

Nina relâche les cheveux de la professeur qui tombe lamentablement contre le mur derrière elle et se laisse glisser par terre. Elle a l’air sous le choc et les marques sur son visage montre que Nina ne faisait pas semblant. Son nez cassé saigne abondamment et le reste de son visage est marqué par les coups. Nina aurait pu faire pire bien sûr, mais ce n’était pas son objectif. Elle se dirige ensuite vers la porte sans même regarder les grimpeurs ou montrer la moindre hésitation après ce qu’elle vient de faire et déclare que le cours est terminé.

Elle ouvre la porte et traverse le couloir menant à la sortie de l’aile des Forgeâmes. Pas de garde et personne ne l’arrête. Il n’y a d’ailleurs personne, même à la réception. Elle ouvre un des battants de la grande porte et s’avance dans le hall central. Le grand signe de la classe des Forgeâmes derrière elle. Un homme encapuchonné avec une enclume et une sorte de sphère dans la main.

Bien sûr c’est une fois qu’elle est sortie que les choses se compliquent.

Devant elle, il y a six gardes armés de lance, d’épée ou de bouclier. Rien de trop difficile pense-t-elle. Par contre, c’est l’homme qui se tient debout sur la rambarde à une quinzaine de mètres qui la dérange, le gardien de la veille, drapé dans son immense robe noire flottant dans les airs, qui la regarde avec des yeux perçants.

Nina observe les gardes un par un. Ils ont tous l’air déterminé à l’arrêter, ce qu’elle comprend parfaitement. En arc de cercle et à une dizaine de mètres ils bloquent le passage complètement. Et ce n’est pas le mur à sa droite ou à sa gauche qui lui permettront de fuir.

Le gardien, lui, n’a l’air d’être là qu’en tant qu’observateur vu le sourire étrange qu’elle peut voir sur son visage et le fait qu’il ne parle pas.
Nina se tourne vers le garde le plus proche tout en retirant le fourreau de Judas. Le garde lui somme de se rendre sans résister, mais cette fois-ci elle ne compte pas faire dans la demi-mesure vu la situation… Comme si elle allait être punie pour avoir corrigé une professeure insolente.

– Très bien. Avant de commencer, j’ai quelques questions. Annonce-t-elle calmement en regardant la lame de Judas à la recherche d’un quelconque défaut. Tout d’abord, si je me rends maintenant, qu’elle sera ma punition ?
– Pour avoir agressé un membre du peuple de la tour sciemment, trois mois de prison. Déclare fermement un des gardes.
– Et si on se bat et que je tue tout le monde ici ? Demande Nina en agitant Judas dans les airs en faisant de grand mouvement.

Sur son visage il y a un sourire étrange, bien plus que celui sur le visage du Gardien. Elle regarde ensuite les gardes un par un avec un regard amusé, attendant sa réponse.

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Tipeee

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