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Isaac – Chapitre 14

La nouvelle vie d’Isaac avec Kunette était étonnamment plus tranquille qu’il ne l’avait imaginé. Kunette était une fille calme. Ou était-elle un garçon ? Elle ne parlait jamais et l’expression de son visage semblait figée dans la pierre. Mais étrangement, elle n’avait pas de problème avec le train de vie d’Isaac. En fait, elle était toujours au côté de ce dernier.

Lorsque Mazelan descendit pour vérifier si Isaac parvenait à s’en sortir, il tomba éperdument amoureux de la mignonnerie de Kunette et essaya de lui faire un câlin. Elle riposta immédiatement d’un seul coup de ses pattes, cassant l’une des côtes de Mazelan. Hormis ce petit incident, Isaac profitait du calme de sa vie actuelle.

« Phew! Eh bien, ça c’est une belle prise, n’est-ce pas ? »

Isaac comprenait désormais les sentiments d’un pêcheur sortant un poisson de la taille d’un bras après 10 minutes de lutte. C’était un poisson qu’il n’avait jamais vu auparavant. Ceci dit, il ne connaissait aucun type de poisson, car le seul poisson qu’il n’ait jamais vu dans son ancienne vie se trouvait dans une assiette.

« Tu en veux ? »

Isaac demanda à Kunette qui était accroupie à côté de lui, regardant la marée de l’océan monter et descendre. Après un seul aperçu du poisson, elle se détourna et secoua la tête. Au début, Isaac n’aimait pas être constamment suivie par la silencieuse Kunette. Mais comme il n’avait pas besoin d’être amical avec elle, il décida de faire avec.

Isaac sortit un couteau et commença à dépecer le poisson pour le cuisiner. Il lui coupa la tête, l’éventra pour enlever ses organes et termina le processus en coupant la queue et l’écailler.

« Tu ne le cuisines pas ? »

« Apparemment, une prise fraîche a meilleur goût quand on la mange crue. »

La découpe était au mieux amateur et plus épaisse qu’elle n’aurait dû l’être, mais rien de tout cela n’avait d’importance, car le poisson avait un goût irrésistible. Cette saveur est sans aucun doute le résultat de cet environnement propre qui n’a pas été touché par la pollution, contrairement au monde dans son ancienne vie.

« Hum, délicieux. »

C’était dommage qu’il n’y ait pas de sauce sashimi ou de soju pour l’accompagner, mais il était tout de même satisfait du sashimi tendre et délicieux qui fondait dans sa bouche.

« Hm ?»

Il semblait qu’Isaac avait convaincu Kunette du goût de ce poisson. Elle posa ses adorables pattes avant sur les genoux d’Isaac.

« Tu veux goûter ? »

Elle acquiesça.

« Alors dis ahh. »

« … Ahh. »

La regardant ouvrir sa petite bouche, Isaac plaça un morceau de sashimi dans la bouche de Kunette.

« J’ai l’impression de travailler dans un zoo maintenant. »

Tandis qu’Isaac faisait des remarques inutiles, Kunette prit quelques bouchées puis recracha le reste du poisson de sa bouche.

« Ew. Isaac a menti… Méchant. »

« Tsk tsk, c’est un goût que seuls les adultes peuvent comprendre. »

– Crack ! –

« Ahhh! Ma canne à pêche ! C’était ma seule ! »

Kunette se mit à courir en direction de la résidence alors que le cri d’Isaac résonnait derrière elle.

Isaac avait réalisé que Kunette détestait être traitée comme une enfant ou se faire dire qu’elle était adorable. Il envisagea d’ignorer ce fait au début, mais il n’y avait aucun avantage à embêter quelqu’un qui irait bientôt à l’Université.

Lorsqu’il était si évident que la popularité de Kunette allait monter en flèche en raison de sa mignonnerie, la relation amicale d’Isaac avec les filles du campus se terminerait brusquement si Kunette se mettait à raconter qu’il s’amusait à l’embêter. Il avait besoin de trouver un moyen de l’apaiser.

« Que fais-tu ? »

« Quelques cookies qui me serviront de collation. »

« Biscuit ? »

« Ouais. Tu en as déjà goûté ? »

« Cookies, savoureux. Je veux aider. »

« Alors peux-tu pétrir la pâte pour moi ?»

Isaac trouvait que la pâte avait meilleur goût lorsqu’elle était pétrie à la main, mais c’était impossible avec les pattes d’un ours. Sa fourrure finirait par constituer la moitié du contenu de la pâte elle-même, la rendant non comestible. Il lui confia donc une cuillère en bois avec le bol de farine, et Kunette s’assit par terre et commença à mélanger la pâte de toutes ses forces.

Kunette n’étant pas une experte, une grande partie du contenu de la pâte éclaboussa partout dans la cuisine. Il ne restait dans le bol que la moitié de ce qu’Isaac lui avait donné. Malgré cela, Isaac ne pouvait pas gronder Kunette alors que ses yeux pétillaient en attente d’éloges.

« Bien joué… Merci. »

Embarrassée, Kunette sortit de la cuisine en courant. Isaac essaya tout de même d’utiliser la pâte qu’elle avait pétrie. Ce n’était pas comme s’il savait comment cuisiner des cookies de toute façon. Il reproduisait simplement les mouvements d’Eliza qu’il avait pu observer pendant leur leçon de cuisine.

« Voyons voir. Est-ce que 5 minutes suffiraient ? »

Plus de retour en arrière possible, mais peu importe. Après avoir façonné et arrangé la pâte dans l’ordre, il la plaça dans le four et tourna l’horloge.

Lorsque la pâte se levait, elle commença à libérer un délicieux parfum dans l’air. Cependant, le résultat ne vendait pas du rêve.

Le biscuit était dur comme de la pierre à l’extérieur et sec à l’intérieur. L’échec était complet. Alors qu’Isaac se demandait quoi faire, Kunette apparue à côté de lui avec ses yeux adorables une fois de plus, demandant maintenant les cookies. Il était évident qu’elle se fâcherait si elle goûtait ça.

« Je n’avais pas prévu ça, mais je suppose que je n’ai pas le choix. »

Dans ce monde, le sucre n’étant pas encore rependu, les sucreries étaient réservées à une certaine élite. Les confitures de fruits existaient, mais en raison de l’absence de sucre, la teneur en glucose de la confiture faisait défaut, ce qui la rendait assez fade au goût d’Isaac.

Après avoir parcouru le placard, il sortit un pot de la taille de sa main. Il ouvrit le pot et trempa son doigt pour le lécher ensuite. Le goût était acceptable.

« C’est du miel ? Pour moi ? »

« En effet »

C’était la première fois que Kunette bégayait. Ses yeux étaient fixés sur le pot de miel qu’Isaac tenait.

« Les ours aiment le miel, pas vrai ?»

Une pensée futile traversa son esprit, alors qu’il songeait à Winnie l’ourson qu’il regardait quand il était enfant.

« Est-ce que tu en veux ? »

Kunette hocha la tête avec plus enthousiasme qu’elle ne lui avait jamais montré auparavant. Il était vrai que le miel n’était pas particulièrement rare, mais ce n’était pas non plus un aliment courant.

Le miel était vendu comme produit de luxe et servait principalement d’ingrédient pour les desserts, de sorte que l’offre était trop petite pour répondre à la demande de l’Empire dans son ensemble. Ainsi, bien qu’accessible à tous, ce produit était trop cher pour la populace.

La seule raison pour laquelle Isaac en avait en main était grâce à son entreprise. Il y avait une fille obsédée par le miel. Sa famille dirigeait une entreprise d’apiculture. Malheureusement, elle n’a jamais pu en avoir pendant son séjour au Campus, ce qui la rendait folle. Isaac fut une grâce salvatrice pour elle.

Elle ne durait jamais plus d’un mois avec la quantité de miel qu’elle était autorisée à apporter avec elle. Isaac lui avait donc proposé qu’elle amène autant de miel qu’elle voudrait et qu’il s’occuperait de le stocker. Ainsi, elle pourrait se servir quand et autant qu’elle le souhaiterait. Comme le miel était également très populaire parmi les autres étudiants, Isaac recevait une partie de ce miel en guise de paiement. Il pouvait ensuite en vendre à d’autres étudiants.

« Il semble que je n’avais même pas besoin de me donner tant de mal à faire des cookies. »

Isaac se débarrassa tranquillement des biscuits en regardant Kunette dévorer le pot de miel. Il était soulagé d’avoir pu trouver un moyen de l’apaiser ainsi que d’avoir trouvé sa faiblesse… Ou un moyen de la corrompre si besoin est.

Le deuxième invité arriva la nuit alors que la fin des vacances approchait. Elle venait de la réserve elfique, qui se trouve dans la partie sud du continent. Son nom de famille était « Brume ». Sa famille était très appréciée des autres elfes. Comme on pouvait s’y attendre d’une elfe, elle était d’une beauté sans pareil. Sa silhouette ressemblait à celle d’une sculpture, à la fois élancée et… bien dotée.

« Bonjour, Sunbaenim ! Je m’appelle Reisha ! Ah ! Kunette ! »

Remarque : « Sunbaenim » est une manière formelle de désigner un individu, généralement plus âgé. Vous pourriez le considérer comme l’équivalent coréen du mot anglais « upperclassmen ». Dans ce contexte, « sunbaenim » a une signification similaire au « senpai » japonais.

– Sifflement ! –

Isaac comprit ensuite que les deux invités se connaissaient déjà. Reisha s’approcha de Kunette, la prit dans ses bras et commença à la faire tourner dans les airs tandis que Kunette rugissait et luttait avec ses petits membres.

« Comment es-tu arrivée là ? »

Isaac n’avait remarqué aucun navire à l’horizon. Excepté le navire de ravitaillement, il n’y avait aucun moyen de se rendre au Campus. C’est pourquoi il était confus de la voir ici.

« J’ai faim. Qu’y a-t-il pour dîner ce soir ? »

Après avoir joué avec Kunette jusqu’à satisfaction, Reisha posa finalement Kunette sur le sol. Isaac vit alors Kunette commencer à courir après Reisha pour se venger. Sans s’arrêter de courir, Reisha répéta sa question.

« Je pensais avoir du bulgogi mais… »

Remarque : Le Bulgogi est du bœuf mariné coréen, qui peut être mangé avec divers autres aliments.

« Ah ! Ça a l’air délicieux ! »

– Alors comme ça, les elfes mangent de la viande dans ce monde ? –

Les elfes sont souvent décrits comme étant végétariens. Cependant, en voyant la façon qu’avait Reisha de baver du coin de la bouche à la simple idée de manger un peu viande, cette image qu’Isaac s’était fait des elfes se brisa. Ceci dit, qu’importe ! Même Kunette s’était calmée après avoir entendu le mot viande.

Isaac commença à faire cuire la viande en ignorant le piaillement incessant de Reisha et Kunette. Comme les oisillons, elles gazouillaient constamment en demandant à Isaac de les servir plus vite.

Comme il n’y avait aucun moyen d’obtenir de la sauce soja dans ce monde, il la remplaça par de la marinade avec de l’eau salée, une épice appelée Shapran, des oignons, des carottes et d’autres légumes. Il le termina en ajoutant beaucoup de miel et plaça le bœuf dans la marinade.

Malgré son manque d’expérience, Isaac, avait veillé à faire mariner le bœuf dès le matin. Ayant absorbé une grande partie de la saveur, au moment où Isaac le fit cuire à la poêle, un arôme alléchant se répandit dans la cuisine.

« Sensationnel ! Je n’ai jamais senti ça avant ! Mmm ! Ça sent délicieusement bon ! Donne m’en maintenant ! »

« … Moi aussi. »

« Très bien, allons manger ! »

C’était une bonne chose qu’Isaac se soit préparé à satisfaire l’appétit vorace de Kunette. Tout au long de leur dîner, Isaac discuta autant que possible avec Reisha, dans l’espoir d’en savoir plus sur elle.

Elle était à l’origine arrivée beaucoup plus tôt que Kunette, mais avait finalement décidé de faire un peu de tourisme avant de se rendre sur le campus. Quand Isaac demanda comment elle était arrivée ici sans navire, Reisha lui montra son contrôle sur l’esprit de l’eau.

Isaac fut déconcerté par le fait qu’elle avait traversé toute la mer en utilisant une petite planche de bois comme planche de surf. Même Reisha admetta qu’elle ne l’aurait jamais tenté si Gabelin n’était pas si près du campus, mais elle ajouta tout de même que c’était amusant.

« Attends. Tu es en train de me dire que tu ne t’es pas faite arrêter par les navires de patrouilles ? Même pas une fois ? »

Isaac remarqua rapidement que quelque chose n’allait pas et l’interrompit au milieu de sa phrase. Le Campus est l’une des installations les plus importantes de l’Empire. La Marine patrouillait régulièrement ses côtes, empêchant tout navire autre que le navire ravitailleur d’y pénétrer.

Même si les manœuvres de Reisha étaient petites et bizarres, elles auraient dû se faire repérer par la Marine. Malgré son statut d’étudiante à l’Université, poser pied sur l’île sans permission n’était pas un comportement acceptable.

Cela signifierait qu’il y avait deux façons possibles pour elle de se rendre au Campus, et les deux avaient des conséquences dévastatrices. L’une était que Reisha avait réussi à trouver un trou dans la surveillance de la marine et s’était infiltrée, tandis que l’autre était que la marine avait négligé son devoir. En tant qu’homme expérimenté avec les manières de l’armée, Isaac trouva que cette dernière était plus convaincante.

Cela devait arriver quand on fait la même chose tous les jours pendant des mois voire des années en temps de paix. Ils partaient tard ou revenaient plus tôt, dans tous les cas, ils trouvaient toujours un moyen de relâcher leur vigilance. Quoi qu’il en soit, c’était plus que suffisant pour que la marine de l’Empire subisse une punition pour servir d’exemple aux autres corps d’armée.

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